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Mettre Fin à la Crise de la Mortalité Maternelle: Une Mise à Jour sur le NASG

Le vêtement antichoc non pneumatique (NASG) est un vêtement de compression de premier soins qui permet d'inverser le choc hypovolémique et d'augmenter les chances de survie des femmes avant, pendant et après l'accouchement. Muso, dans sa mission de mettre fin à la crise de la mortalité maternelle, a lancé il y a trois mois une formation au Mali et en Côte d'Ivoire où le taux de mortalité maternelle reste élevé. Nous nous sommes assis avec Dr Mamadou Keita, Gynécologue en Chef au Centre de Santé de Référence (CSREF) de la Commune 6 pour nous parler des effets palpables de cet outil depuis le lancement de son utilisation.

* Certaines parties de l'interview ont été modifiées pour plus de clarté dans la traduction.


Dr Mamadou Keita, gynécologue en chef au Centre de Santé de Référence (CSREF) de la Commune 6 de Bamako, démontrant les techniques de sauvetage aux professionnels de la santé lors de la formation sur l'utilisation du NASG.


Le vêtement antichoc contre l'hémorragie obstétricale est disponible au CSREF de la Commune 6 de Bamako depuis Juin 2022, quelle a été votre expérience jusque-là ?

Mamadou Keita (M.K.): L'impression que nous avons, c'est que c'est un grand plus parce que ça a renforcé notre arsenal de prise en charge de l'hémorragie du post partum (HPP) immédiat. Depuis que nous avons commencé - de juin à maintenant - nous avons eu une dizaine de cas d'utilisation du vêtement antichoc non pneumatique (NASG) - par exemple, dans des cas où le sang pour la transfusion n'était pas disponible immédiatement, ou quand il fallait faire une réanimation de la patiente avant l'intervention - dépendant de l'ampleur du choc. Il y a aussi des patientes, que nous avons eues à faire évacuer après l'application du vêtement vers des hôpitaux plus fournis.


De combien de vêtements disposez-vous dans le centre et comment les maintenez-vous ?

M.K.: Nous avons sept vêtements pour l'instant, et nous en avons mis quatre en circulation. Deux sont prédisposés au bloc opératoire et deux se trouvent en salle d'accouchement. Avant le lancement de l'utilisation du vêtement dans notre centre, tous les départements (anesthésistes, instrumentistes, sages-femmes, internes, etc.) de la prise en charge de l'hémorragie ont été formés et cela a facilité l'entretien. Le vêtement en salle d'accouchement est régulièrement nettoyé, séché et stocké, et le même protocole est appliqué pour celui qui se trouve dans le bloc opératoire.


Comment s’est passée la formation ?

M.K.: La formation que nous avons eue a été faite en deux sessions de 25 prestataires chacune - soit environ 50 personnes au total. Mais au-delà, il y a eu des sessions de partages pour le reste du personnel du bloc opératoire qui n'étaient pas présents lors des sessions originales. Après la formation, les employés ont vu un impact réel, mais ce qui a renforcé le tout, c'est quand les diplômes de formation ont été envoyés - ils étaient encore plus motivés qu'avant. Muso a envoyé des diplômes de fin de formation avec le nom de chaque infirmier dessus, le personnel était très ému par cette reconnaissance.




Étant l’un des centres de santé le plus débordé assistant les femmes enceintes, avez-vous fréquemment des cas d'hémorragie obstétricale (HO) ?

M.K.: La majeure partie des cas d'hémorragies sont évacués vers les structures partenaires comme l’Hôpital du Mali a Yirimadio, où nous prévoyons éventuellement de former tous les membres du personnel qui sont aux blocs opératoires. Cependant, il y a une période d'affluence - habituellement c'est pendant les mois de septembre à octobre que les cas de HO sont élevés. Il n'existe pas à ce jour d'études épidémiologiques pour l'explication réelle de ce fait, mais c'est un constat de pathologie que nous registrons depuis des années.

Notre première réussite de l’application du NASG s’est passé quand nous étions en pleine formation sur l’utilisation du vêtement: une femme est venue en état de choc avec seulement quatre grammes d’hémoglobine (niveau du sang) alors que le taux normal chez la femme enceinte s’élève à douze grammes. La procédure normale serait de l'endormir et faire l'aspiration mais cette option était impossible car elle était à court de sang. La solution dans ce cas était de l’évacuer, mais j’ai dû prendre une décision médicale rapide car si nous avions évacué cette femme, elle serait décédée en cour de chemin parce qu’elle aurait continué à perdre du sang. Ça tombait bien, si on peut le dire ainsi, car l’alternative présente était d'appliquer le NASG pour la stabiliser et procéder à une transfusion de sang. C’est de cette manière qu’elle fut sauvée. Donc souvent, avec la volonté de l'équipe, ce sont des décisions qu'il faut prendre à la seconde pour sauver une vie.

Il faut aussi noter que nous avons eu deux cas d’avortements pour lesquelles nous avons utilisé le NASG. Elles ont été prise en charge au bloc opératoire pour l’aspiration parce que ce sont des avortements qui sont venu dans un tableau d’état de choc.

Dans le premier cas d’avortement, Il s’agissait d’une patiente reçue au CSRéf de la commune VI dans un tableau d’hémorragie externe abondante avec état de choc depuis 48 Heure. A l'arrivée, elle était obnubilée avec une tension effondrée et un pouls imprenable. Son taux d’hémoglobine dosé était à 2,9 g/dl. Le vêtement antichoc a été rapidement appliqué puis une aspiration manuelle intra-utérine a été effectuée pour assurer la vacuité utérine. Après l’arrêt du saignement, la femme a été stabilisée en attendant la première transfusion sanguine. Au total, elle a reçu 4 poches de sang et son taux d’hémoglobine est revenue à 8, 9 g/dl après la dernière transfusion. La patiente a porté le vêtement pendant deux jours jusqu'à ce qu’elle soit hors de danger. Elle a été ensuite observée au CSRéf pendant sept jours avant de rentrer chez elle.

Il existe des cas dans lesquels le NASG ne peut pas être appliqué pour le moment, ce qui fait que le nombre d'utilisations par semaine est encore faible à ce stade. Par exemple, certaines patientes présentent un genre d'hémorragie aiguë, et elles doivent être directement évacuées vers des hôpitaux mieux approvisionnés car notre équipe du premier étage n'a pas encore été formée à l'utilisation de la veste antichoc, nous ne pouvons donc pas utiliser la veste sur ces patientes. Dans des situations d'urgence comme celles-ci, les décisions de soins doivent toujours répondre à nos normes procédurales actuelles.

Je vous donne un exemple: une femme qui a un hématome rétroplacentaire, (décollement prématuré d'un placenta quand la femme est enceinte ou en travaille) pour une raison ou une autre il y a un caillot qui se forme entre le placenta et le bébé qui provoque un saignement énorme qui peut continuer même après l'accouchement. Généralement, dans la majeure partie des cas, c’est le décours de la coagulation de l’hypertension artérielle associée à la grossesse qui provoque cela, du coup il y a de fortes chances qu'elle soit admise en unité de réanimation. Dans ce scénario, la patiente ne peut pas être gardée au CSREF et doit être systématiquement évacué vers l'hôpital car ce genre de cas peut entraîner de graves complications. Néanmoins, dans les prochains jours, les ambulanciers seront également formés à l'application du vêtement, ce qui permettra de stabiliser rapidement la patiente grâce à l'application du NASG lors de son transport vers l'hôpital le plus proche. Cette situation diffère des cas d'hémorragie du post-partum immédiat. Même si nous savons toujours qu’il existe une possibilité que la prise en charge se termine ailleurs, cette éventualité est faible parce que les médicaments et la chirurgie sont au premier plan et nous sommes bien outillés pour cela — c’est d'ailleurs à ce stade que nous faisons recours au port du vêtement antichoc pour stabiliser la patiente.

En somme, à chaque fois que le vêtement a été utilisé, la situation a été gérée sans perte en vie humaine donc on va dire que le vêtement a été très utile et il participe à faire chuter le taux de mortalité maternelle dans notre centre.

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